Le shojo : des manga (surtout) pour filles

Qu’est-ce que le shôjo ?

Le terme shôjo (少女) signifie jeune (少) fille (女), soit un public de 6 à 18 ans, allant de l’école primaire à la fin des études secondaires.

Dans cette tranche d’âges, les intérêts évoluent et pour y répondre le shôjo manga est très diversifié et développé autour de thèmes principaux.

Il s’oppose au shônen manga, qui lui vise un public de jeunes garçons.

Le shôjo se caractérise par plusieurs stéréotypes : les grands yeux des personnages, repris dans la plupart des genres mais encore plus « grand » pour ce style particulier ; leur silhouette longiligne, un monde très fleuri, une romance, le travestissement, une narration éclatée, etc.
Les conventions iconographiques et la mise en page est tout à fait particulière pour le shôjo et diffère des autres styles. Les cases sont souvent imbriquées les unes aux autres il y a de nombreux changements de plans, ainsi que des textes hors bulles et tout un tas de fioritures tels les motifs floraux. Un « tout » qui a pour objectif de capter émotionnellement les lectrices.

Le shôjo manga donne la primauté au développement psychologique des personnages. Les gros plans et entrelacements des cases sont là pour amplifier les pensées et émotions des personnages et les communiquer aux lectrices.

 

Un lectorat exclusivement féminin

La majorité des mangas sont pré publiés dans des magazines spécialisés, appelés « mangashi ». Le genre le plus populaire, le shônen, voit la sortie d’un magazine de prébublication par semaine, alors que le mangashi shôjo sortira une à deux fois par mois.

En effet, le lectorat féminin se fait plus rare que son équivalent masculin. Pour l’illustrer, parlons du mangashi Ciao tiré à 815 000 exemplaires alors que le Weekly Shônen Jump atteint les 2 800 000 exemplaires.

Si l’on regarde de plus près les informations démographiques, 15,6 des 127 millions d’habitants du Japon ont entre 6 et 18 ans. Parmi eux, 49% sont des filles. D’où une diffusion du shôjo bien moindre au sein de la population japonaise. De plus, même si en France des hommes lisent des shôjo sans s’en cacher, cette situation est bien plus rare au Japon. (Vous pouvez d’ailleurs nous donner votre avis en répondant à notre enquête sur les manga ^^)

 

Le shôjo dans l’Histoire

KurumichanC’est au début des années 1900 qu’apparaissent les premières publications dédiées à la gente féminine. Nous ne pouvons pas encore vraiment parler de « manga » les illustrations ne prenant majoritairement qu’une seule page. Dans les années 30, ce style évolue et voit apparaître la publication de mangas humoristiques notamment dans le magazine Shôjo no tomo, tel que Kurukuru Kurumi-chan (くるくるクルミちゃん).

La Seconde Guerre Mondiale met un coup d’arrêt au développement des mangas.

Avec une égalité des droits et un droit de vote donné aux femmes après la guerre, le manga se voit influencé par cette « nouvelle ère ».
Sazae-sanMangaka, un métier essentiellement masculin jusqu’alors, s’ouvre aux femmes. Machiko Hasegawa connaît un grand succès avec Sazae-san, dont les 45 tomes ont été publiés entre 1949 et 1974. Elle y conte la vie quotidienne d’une famille japonaise classique de façon humoristique.

De nombreux auteurs masculins réalisent les premiers shôjo manga. Toutefois, c’est Osamu Tezuka qui en définit les principales caractéristiques avec Princesse Saphir en 1953. Un monde féérique, un travesti ou transexuel doté de deux cœurs, des inédits qui connaissent alors un grand succès.

En 1950 quelques femmes deviennent mangaka mais développent des histoires très clichés, tournant autour de l’apprentissage de la vie et des fleurs.

C’est en 1964 que Shôtarô Ishinomori innove en concevant les bases du manga magical girl.

1960 voit une demande croissante des éditeurs pour le genre shôjo. Les femmes mangakas, notamment le groupe de l’an 24, toutes nés en 1949, créent des récits comme La Rose de Versaille (de Riyoko Ikeda) ou encore Utena, la fillette révolutionnaire (Chiho Saitô). Les thèmes s’étendent, aborde des sujets plus adultes comme le sexe, la drogue, la science-fiction, le sport, etc… apparaissent des personnages principaux masculins. C’est ainsi qu’entre les années 1970 et 2000, les auteurs brisent les clichés autour du shôjo, réduisant la barrière avec le shônen, en intégrant des éléments de narration plus matures.

Le lectorat des shôjo a alors grandi, certains auteurs choisissent alors d’écrire des récits pour ce public, donnant alors naissance à un nouveau genre, le josei.

 

Les différents genres de shôjo

Romantique : généralement situé dans un cadre scolaire, les histoires romantiques sont très fréquemment utilisées dans le shôjo.

Magical girl : le thème principal est ici le passage vers l’âge adulte autour d’un récit mettant une fillette plutôt lambda face à une situation difficile, à laquelle elle parvient à se sortir grâce à un sceptre qui lui est confié, la transformant éventuellement en une version adulte d’elle-même. Ainsi, est mis en avant aux yeux des plus jeunes la toute-puissance de l’adulte pour faire face aux problèmes.

Boy’s Love, yaoi ou shônen ai : mettant en situation des histoires romantiques entre personnages masculins.

Sportif : avec des joueuses féminines que l’on retrouve dans différents types de sports.

Mais aussi parfois, certains mélanges, comme  les «Vision d’Escaflowne » qui intègrent des personnages issus de shôjo dans un shônen impliquant des méchas.

Connu par tous en France, on se rend compte de la complexité qui entour le style du shôjo manga et qu’il a lui même été influencé par l’Histoire et l’économie du Japon. Le style représente aujourd’hui bien plus que de simples histoires à l’eau de rose.
C’est aussi ça la « magie » de l’univers manga. Il ne faut pas s’arrêter au style car derrière le shônen ou le shôjo se trouve des récits palpitants. En achetant des manga pas chers, vous pourrez même découvrir des séries de shôjo qui valent le détour pour seulement quelques euros…

Sources : 1 & 2

4 Responses to “Le shojo : des manga (surtout) pour filles

  • Article très intéressant! Je connaissais à peu près la différence entre les shoujo et les shonen, mais grâce à ton article bien détaillé j’en sais bien plus maintenant. Et bizarrement, appartenant à la gente féminine je m’amuse beaucoup plus en regardant des shonen ahah!

  • Je ne connaissais pas du tout ce genre ! Merci pour la découverte. Si vous en avez d’autres à nous proposer, n’hésitez pas !

  • le genre shôjo honnêtement je connaissais pas ! Alors moi qui est un féru de culture japonaise… j’apprécie particulièrement ce genre d’articles… merci pour m’avoir fait découvrir ce type de mangas ^^

  • C’est à voir pour les petites filles et les jeunes femmes, des histoires parfois fascinantes que l’auteur s’inspire de la vie quotidienne.

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