Kyudo : l’art du tir à l’arc japonais

C’est la rentrée, on se met au Kyudo !

Bonjour, je m’appelle Emilie. Je suis passionnée par le Japon, comme vous. Au point qu’aujourd’hui, j’y fait ma vie pour quelque années. Je vous faire partager mon aventure japonaise à travers mon site : Nippon de Emi. Et aujourd’hui, je vais vous parler d’une des mes passions, entièrement liée au Japon : le Kyûdô, le tir à l’arc traditionnel japonais. Et comme c’est la rentrée, c’est le bon timing pour trouver une association où pratiquer !

Avant mon arrivée au Japon, je pratiquais à l’association K.A.P. Kyudo Art et Pratique à Paris. Une très bonne association où l’on peut s’entraîner jusqu’à 4 fois par semaine, dont 2 le week-end. Et les sensei sont très compétents. Leurs enseignements m’ont beaucoup servi pour mon examen de 1er dan :)

Aujourd’hui, retour aux sources avec un entraînement dans un dojo traditionnel au Budo Center de Kyoto, avec l’association Toryokai. Bien que la progression soit moins facile car je ne comprends pas encore assez bien le japonais, les deux sensei qui encadrent les séances sont très compréhensifs.

Séance de tir au ky?d?j? du Budo Center de Kyoto. Photo: Emi

Séance de tir au kyudojo du Budo Center de Kyoto. Photo: Emi

Kyu quoi ?

Le « kyu-do ». Se traduit du japonais par la Voie de l’Arc. Le kanji « kyû » veut dire arc et le kanji « dô » veut dire le chemin ou la Voie au sens philosophique du terme. On retrouve ce kanji dans le judo, le kendo, l’aikido, le ïaido… Le Kyûdô est donc un art martial japonais, qui n’est plus très martial en fait. Comme tous ses autres disciplines comparses, le Kyûdô était à la base une technique guerrière de combat (kyûjustu). Mais avec le déclin de la classe des Samouraï (les guerriers japonais) au 19e siècle, il n’est plus resté que la forme pacifiée et cérémonielle du tir à l’arc, la Voie de l’Arc, le Kyûdô.

La pratique duKyûdô se fait autour de 3 concepts fondamentaux: Shi, Zen, Bi – Vérité, bonté, beauté. Seul un tir vrai, bon et beau met une flèche dans la cible. Enfin, ça, c’est la théorie. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, on réalise qu’elle n’est pas si éloignée que ça dans la pratique…

L’entraînement du Kyudoka

Le Kyûdô se pratique avec un très grand arc (yumi en japonais) qui fait un peu plus de 2m, des flèches (ya en japonais) un peu plus longues que la longueurs de votre bas, et un gant (yugake) pour la main de la corde.

Au Japon, berceau de la discipline, on pratique dans un kyûdôjô, un dôjô pour le kyûdôjô. C’est en fait un bâtiment avec un beau parquet, en 2 parties: le shajô, le lieu où l’on tire à la mato, cible situé à 28m et une arrière salle où l’on pratique à la makiwara, cible en paille à distance d’un arc. En France, faire construire un kyûdôjô selon les règles de l’art n’est pas facile. La plupart du temps, les associations pratiquent dans un gymnase qui permet quand-même de tirer à 28m dans un espace couvert.

Lorsque l’on débute, on pratique en uniforme keikogi (vêtement de pratique) qui se compose d’une veste blanche et d’un hakama noir, le pantalon japonais traditionnel. Plus tard, on peut porter le kimono, avec des goûts plus ou moins fantaisistes…

Ambiance relax pendant une séance d’entraînement. Kyudojo du Budo Center, Kyoto. Photo: Emi

Ambiance relax pendant une séance d’entraînement. Kyudojo du Budo Center, Kyoto. Photo: Emi

Azuchi: emplacement des mato (cibles). Kyudojo du Budo Center, Kyoto. Photo: Emi

Azuchi: emplacement des mato (cibles). Kyudojo du Budo Center, Kyoto. Photo: Emi

Au Kyûdô, je fais quoi concrètement ?

Je ne tourne pas autour du pot, le but du kyûdô est d’avoir un geste (un kata) de tir parfait, comme dans tous les arts martiaux (pacifiés) japonais. La pratique est donc basée sur la répétition de ce geste. Avant de tirer à la mato, les débutants apprennent avec un gomuyumi, puis essaient leurs premiers tirs sur des makiwara. C’est moins dangereux pour tout le monde. Car il ne faut pas surtout oublier que l’on pratique avec une vraie arme…La sécurité avant tout.

On regarde beaucoup au début car cela permet de s’imprégner de l’ensemble du kata. Puis les sensei nous guident et nous apprennent en détail (mais pas tout en même temps) les hassetsu, les 8 phases du tir. Une fois compris cet enseignement, on pratique seul. Mais les sensei sont toujours là pour garder un oeil sur nos progrès…ou nos échecs.

Les 8 phases du tirs : les hassetsu ?? (source: FFKT)

Les 8 phases du tirs : les hassetsu (source: FFKT)

Pourquoi je fais du Kyûdô ?

J’ai commencé le kyûdô parce que j’ai trouvé ça juste trop beau, trop la classe. J’ai connu cet art via le manga Alice 19th par Yuu Watase, où le héro faisait du kyûdô pour sauver son héroïne. D’ailleurs, la beauté est un des concepts fondamentaux du kyûdô, alors pourquoi se cacher que l’on aime parce que c’est beau?

J’aime beaucoup le kyûdô (vous l’aurez compris ^_^) car c’est à la fois très technique et très spirituel. Durant mon entraînement, j’analyse constamment mon geste mais aussi mon ressenti, car notre tir s’imprègne la fois de la mécanique du corps et de celle de la tête.

Le kyûdô donc est une activité à la fois physique et mentale. Peu à peu, la pratique muscle le dos et les bras parce que le tir exige une posture droite avec une très bonne stabilité du début à la fin. Le placement du corps demande aussi un effort de concentration qui révèle une autre conscience du corps.

Le kyûdô comble aussi mon besoin de perfection, de maîtriser quelque chose. La pratique d’un art martial japonais est la recherche du geste parfait, un geste que l’on va répéter et perfectionner au cours de son apprentissage.

La pratique en France m’a permis de rencontrer des gens passionnés par le Japon, comme moi. Il n’y a pas énormément de pratiquants du kyûdô en France, alors le nombre de participants dans les associations/clubs est limité et on fait vite connaissance les uns avec les autres.

Lors d’une compétion (Kyudojo du Budo Center, Kyoto). Photo: Emi

Lors d’une compétion (Kyudojo du Budo Center, Kyoto). Photo: Emi

Mais le Kyudo, ce n’est pas que de l’entraînement !

Non, pas du tout! Il y a aussi des passages de grades (dan en japonais), comme les ceintures au Judo. Il y en a 10 en tout, le 10e dan n’étant attribué qu’aux grands maîtres qui ont contribué à l’essor de la Voie de l’Arc (là, c’est un niveau où on rigole plus du tout, du tout! C’est plus que du sérieux).

Il y a aussi des stages les week-ends, où l’on rencontre d’autres sensei qui nous apprennent encore plus de choses. Et des tournois aussi, où là, oui, faut vraiment essayer de mettre dans la cible pour de vrai (parce que eh! on compte les points). Il y a aussi des stages où on apprend d’autres formes de tir (devant, sur le côté, plus loin, accroupi… un vrai kama-sutra).

Au Japon, il se pratique aussi le yabusame, le kyudo à cheval. L’archer en kimono très décoré est sur un cheval lancé au galop et doit tirer sur les cibles. Je n’ai pas encore assister à des compétitions de yabusame mais ça ne serait tardé car c’est très impressionnant.

Archer de yabusame, Kamakura. Photo: Jim Mills

Archer de yabusame, Kamakura. Photo: Jim Mills

En résumé, le Kyûdô est à la fois une pratique physique et philosophique, mais cet aspect n’intervient que bien plus tard dans l’apprentissage. Le seul inconvénient est peut-être le coût du matériel, lorsque l’on pratique de manière régulière et sur le long terme. En effet, bien que l’arc japonais ne soit pas aussi techniquement perfectionné que l’arc occidental, sa manufacture (au Japon uniquement pour l’instant) coûte cher, de même que le gant qui est en cuir. Mais le matériel est prêté lorsque l’on débute, et l’investissement dans l’achat ne vient que plus tard si l’on continue.

Bon, j’espère vous avoir convaincu. Nous sommes chanceux en France, car il y a des associations de kyûdô un peu partout dans le pays (voir le site de la FFKT). Faîtes-vous une idée de ce qu’est cet art et assistez à une séance dans le kyûdôjô que vous aurez choisi. Peut-être allez-vous y trouver votre ‘Voie’ martiale :) Alors n’hésitez pas, le kyûdô ouvre le corps et l’esprit!!!

Pour en savoir plus:
Fédération Française de Kyudo Traditionnel FFKT
Page Wikipédia sur le Kyudo
Le manga Alice 19th

7 Responses to “Kyudo : l’art du tir à l’arc japonais

  • Je ne connaissais pas cette discipline. C’est vraiment très complet.

  • Les photos sont vraiment superbes, Le tir à l’arc possède déjà une certaine grâce en soi, amis avec tout le cérémonial et le bon goût à la japonaise, je pense que ça doit être assez magique à voir en vrai.

  • et pourquoi un arc de 2 mètres ?

  • je ne connaissais pas cet art, je fais le aikido mais on porte presque la même chose avec le akama
    le japon a cultivé une vraie culture de samorai

  • Les photos sont vraiment superbes..
    Le tir à l’arc possède déjà une certaine grâce en soi, amis avec tout le cérémonial et le bon goût à la japonaise, je pense que ça doit être assez magique à voir en vrai.

    Vivement mon premier voyage au Japon, j’en rêve depuis longtemps, mais il faut quand même pouvoir le faire… Bientôt j’espère !

  • Bonjour coloriage beyblade. Merci pour ton commentaire et de rien ;)
    Oui les arcs sont très longs, et il faut y faire attention! Pas facile car on peut facilement les cogner un peu partout ^_^ Quand à la distance à la cible, je ne sais pas pourquoi 28m (il faut que je cherche).
    Pour le yabusame, je pense qu’il est possible de pratiquer sans être haut gradé en kyudo. En tout, lorsque j’ai demandé à mon enseignement si je pouvais en faire, il n’avait pas l’air de trouver mon idée (je ne suis que 1er dan…)

  • Bonjour,
    Merci à Emilie de nous avoir fait découvrir ce très bel art et d’avoir partagé sa passion avec nous. J’ai été surpris par la longueur de ces arcs et par la longue distance séparant le tireur des cibles! Le kyudo à cheval ça à l’air vraiment top à faire, mais je pense qu’il faut avoir une énorme maitrise avant :-)

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