Kashima Paradise ou le Japon industriel des 70’s

Yann le Masson, caméraman volontaire qui n’avait pas peur de se placer au cœur des conflits pour en tirer les meilleurs images, a réalisé en 1973 le film documentaire « Kashima Paradise« .

kashima paradise DVDDans un Japon qui ne ressemble pas à celui d’aujourd’hui, il a recueilli patiemment les images d’un pays en pleine expansion industrielle, s’immisçant au coeur d’un village, devenant le confident des gens du coin, et plus particulièrement de Zenzaemon, un paysan qui vit à l’époque de la culture du riz.

Entre tradition, rapports sociaux codifiés et progrès, on découvrira à travers les yeux de Le Masson comment le peuple japonais essaye de trouver sa place dans une société où tout va trop vite, pressée par les dirigeants du pays et les trusts industriels.

De ce film tout en noir et blanc, « à l’ancienne » comme on dit, j’ai retenu de nombreuses choses. Etant quand même quelqu’un d’un peu cultivé sur le sujet du Japon, je connaissais déjà de nombreux thèmes qui sont abordés dans le film.

Ainsi parlera-t-on du Giri, cette obligation, ce Devoir qu’on les japonais en toute occasion. Le Giri de la fête du toit, le Giri de l’enterrement d’un défunt, le Giri du mariage par intérêt… Tout est codifié, expliqué, noté, comparé… Aujourd’hui, ces Giri ont peu à peu tendance à être « oubliés » (volontairement) par une population japonaise qui essaye de rompre avec ses traditions parfois moyenâgeuses. En ne prenant que le meilleur de leurs coutumes, les japonais de 2011 sont plus en phase avec leur temps. Mais voir ce documentaire, filmé à l’époque de nos parents (début des années 70), nous fait faire un bon énorme en arrière.

Entre lutte des classes, lutte ouvrière et lutte personnelle, on a l’impression que Zenzaemon et ses compatriotes ne sont pas si zen que ça, et que la docilité du peuple japonais va en prendre un coup.

kashima paradise extraitTout commence donc avec la volonté des puissants d’implanter un énorme complexe industriel à Kashima, en rachetant ou en expropriant les terres des paysans locaux, sous couvert de « progrès ». A Kashima, l’implantation sera plutôt facile, le peuple faisant confiance aux hommes politiques et à leur tête souriante sur les affiches électorales… A Narita, la création de l’aéroport international posera par contre de vrais problèmes, les paysans refusant et luttant pendant plus de 6 ans contre le projet. Mais le bulldozer (Komatsu) du changement a déjà démarré, et ce ne sont pas quelques slogans chantés gentiment et une résistance passive qui changeront la donne… Quoi que…

Avec ce film sur le Japon du début des années 70, on découvrira donc, au cœur de l’action, comment le progrès à broyé l’existence paisible des habitants. On découvrira simultanément la Lutte, et la vie Traditionnelle. Entre Devoir et Épanouissement personnel, ce film nous renseigne sur le commencement du développement foudroyant du Japon d’aujourd’hui.

J’ai aimé J’ai moins aimé
– Le Noir et Blanc

– La façon de filmer à la fois neutre et engagée

– Voir vraiment la vie au Japon profond à cette époque

– Me rendre compte du poids des traditions au Japon

– La durée (106 minutes), ni trop court ni trop long

– La narration trop peu présente (mais sûrement voulue)

– Le côté parfois un peu soporifique du film (sauf la scène de « bataille » à Narita)

N’hésitez pas à regarder la Bande Annonce du film sur le site officiel des éditions Montparnasse (que je remercie au passage pour le DVD).

Vous trouverez ce film à 45€ sur le site officiel, il est proposé avec la filmographie principale de Yann Le Masson (double DVD avec 5 films au total), incluant un film sur la guerre d’Algérie, un film sur la campagne de Michel Debré, un film sur la lutte pour le droit à l’avortement et un film sur la cécité…

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